Ben discute avec Seth Rosen de la création d’entreprises basées sur l’adhésion et l’abonnement, ainsi que de la recherche de membres que vous êtes particulièrement bien placés pour servir.
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Ben Aston
Bienvenue sur le podcast d’Indie Media Club, je suis Ben Aston, fondateur de l’Indie Media Club. Notre mission est d’aider les entrepreneurs indépendants des médias à réussir, d’aider les personnes qui créent, promeuvent et monétisent grâce au contenu à s'améliorer. Consultez IndieMedia.Club pour en savoir plus.
Aujourd’hui, je suis rejoint par Seth Rosen, qui est d’abord devenu agent immobilier, puis banquier d’affaires, puis autre chose. Nous allons en parler maintenant. Mais Seth adore les pierres, surtout celles qui scintillent. Je vais lui demander pourquoi dans une minute.
Mais il a acheté sa première entreprise en ligne en 2008. Il a réussi à la faire évoluer pour atteindre plusieurs millions, puis a levé 30 millions de capital-risque, a fini par la vendre, puis l’a rachetée encore. Tout un tas de péripéties. Il a créé cette entreprise appelée custommade.com dont nous allons parler. Mais également sur ce site, il est parvenu à créer deux communautés en ligne et à bâtir une entreprise d’adhésion basée sur l’abonnement. C'est ce point que je veux explorer aujourd’hui. Continuez à écouter le podcast pour découvrir comment créer une entreprise d’adhésion à abonnement réussie. Merci beaucoup Seth d’être avec nous aujourd’hui.
Seth Rosen
Merci de m'accueillir, c’est un plaisir.
Ben Aston
Je veux remonter au début car c’est une trajectoire intéressante : de l’immobilier à la banque d'investissement, lever des fonds, acheter puis vendre une entreprise, et la racheter...
Que s’est-il passé à cette époque et qu’est-ce qui t’a inspiré à te lancer dans le domaine des pierres après l’immobilier ?
Seth Rosen
Oui, c’était un parcours assez original. Comme tu l’as dit, j’ai commencé ma carrière comme agent immobilier pendant mes études supérieures. J'avais reçu une bourse pour aller à BU à Boston, une bourse externe, qui finançait mes études mais rien d'autre. J’avais donc besoin d’un job et j’ai commencé à louer des appartements. Après cela, il était temps que je fasse autre chose, que je parte à l’aventure pour suivre ce rêve d’entreprenariat, et je suis tombé sur ce site CustomMade.com. Il était géré par un vieux site internet, vraiment vieux et dépassé créé en 1986 par un certain Ted Weitenkraus dans le Massachusetts de l’Ouest, qui l’a monté essentiellement pour apprendre à coder.
Le site sortait régulièrement dans les recherches, il y avait quelques centaines de créateurs de meubles. On a contacté Ted avec Mike, et on lui a proposé de racheter son business. On l’a fait. Initialement, on a transformé en modèle d’abonnement pour les créateurs. L’idée était de faire de custommade.com LA plateforme du « sur-mesure », tout sur mesure. Voilà la démarche. On a bâti un annuaire de créateurs de toute sorte. On a élargi des meubles de prestige aux bijoutiers, ébénistes, métalliers, verriers, etc. On a fait un petit business, à peu près à l'équilibre. Puis on a eu l’idée de lever du capital-risque pour passer à l’échelle supérieure. On l’a fait, et ça a donné ce que c’est aujourd’hui, à savoir le plus grand bijoutier en ligne sur mesure au monde. Plutôt que de servir d’intermédiaire entre le bijoutier et le client, on est devenus le bijoutier nous-mêmes.
Et voilà notre activité aujourd’hui : on est joaillier en ligne.
Ben Aston
Et donc, cette décision de se focaliser sur la joaillerie sur mesure, c’est parce que tu viens de lancer des abonnements autour de la joaillerie et des gemmes ? C’est une passion de toujours pour toi, ou alors vous vous êtes rendu compte que c’était là que ça marchait le mieux ? Qu’est-ce qui vous a décidé à faire des pierres précieuses votre axe principal ?
Seth Rosen
Oui, c’est une histoire parallèle intéressante. Ce que l’on a appris dans la Version 1 de CustomMade, c’est qu’on a racheté un vieux site pourri. Je peux dire site pourri ici ?
Ben Aston
Tu viens de le faire.
Seth Rosen
Et voilà ce qu'on a fait. On avait une pépite intéressante et on a bâti autre chose dessus. Et en 2013… en fait je m’intéressais aux gemmes depuis un moment, je collectionne depuis 2009-2010. En 2013, j’étais membre de l’International Gem Society, GemSociety.org. Je recevais ses mails, je payais je crois 12 dollars par an pour l’adhésion. Un jour, il envoie un message à tous les membres pour dire qu’il partait à la retraite. Ce monsieur, Don Clark, qui malheureusement nous a quittés depuis.
Il disait : « Je cherche à céder, à prendre la retraite. Est-ce que quelqu’un veut racheter ? » Et je soupçonne, sans en être certain, que j'étais le seul à répondre ce jour-là.
Et si tu avais vu le site, tu aurais compris pourquoi ! Il fallait beaucoup d'imagination. Mais il y avait une vraie base.
Il avait produit beaucoup de contenus, le tout depuis longtemps, et c’était très qualitatif.
J'avais aussi de l’expérience dans le rachat de sites internet, surtout des sites d’autorité, menés avec passion. Et ce qu’il avait fait, vraiment, était super. Je lui ai dit : « Je voudrais vous racheter ça, je crois pouvoir l’emmener plus loin. » Il a accepté.
Ben Aston
Combien tu as payé ?
Seth Rosen
Vingt-six mille deux cents dollars. Quand je lui ai demandé ce qu’il voulait, il a dit : 26 000 dollars plus 200 dollars de frais de virement. L’homme n’avait même pas installé Google Analytics, je connaissais le site car j’étais utilisateur. Zéro info, c’était comme dans l’émission Storage Wars, tu ne sais pas trop sur quoi tu mises. Il m’a dit « vingt-six mille », j’ai dit OK, je prends. C’est le prix, quand quelqu’un annonce un chiffre aussi précis, il vaut mieux ne pas négocier. C’était le prix d’achat, j’ai appris une leçon.
Donc voilà : on l’a acquis. Niveau croissance, le site a énormément grossi depuis, mais cela reste mon hobby. On investit parfois sur des sujets qui n’ont pas de sens stratégique, mais qu’on trouve passionnants — on vient de publier l’article le plus long du monde sur les traitements, avec Jeffrey Berman, Clarizen, je ne sais pas combien cela a coûté en édition, mais c’est fou. Jamais je ne reverrai cet argent, mais c'est génial. Et depuis le début, la stratégie ne change pas : parce que je suis passionné, on met le paquet sur le contenu. Résultat, même le Guinness Book nous contacte pour vérifier certaines infos, Caltech nous cite… C’est dingue que des gens, même à Caltech, pensent à nous. C’est typiquement ce que cela donne de suivre une passion.
La leçon, selon moi : en produisant un contenu spécialisé, approfondi, vraiment qualitatif, on construit une autorité sur son créneau, et ça paie. Mais pas en 2 semaines, c’est un pari sur 50 ans ! Une fois en place, c’est très difficile à détrôner.
Ben Aston
Depuis combien de temps possèdes-tu International Gem Society ?
Seth Rosen
Il l’a lancée en 1999. J’ai racheté vers 2012 ou 2013, donc ça fait 7 ans.
Ben Aston
Explique nous l’évolution, la vision que tu as apportée au site et l’impact sur l’adhésion, les abonnements.
Seth Rosen
Oui, les abonnements progressent tous les ans. C’est incroyable.
J’ai tiré aussi pas mal de leçons tactiques sur les sites d’adhésion, si ça intéresse tes auditeurs.
Ma philosophie, c’est : comment on vend une adhésion ? Ce que j’aimais, étant moi-même membre, c’est que Don publiait du contenu premium très quali pour très peu cher, ça ne donnait jamais à hésiter. Donc, c’est resté l’idée : 75 dollars l’an, et nous publions chaque année plus d’une centaine d’articles premium, des guides de prix mis à jour, etc. Le rapport qualité-prix est énorme pour 75 dollars. Si ça ne t'intéresse plus, tu peux toujours rester membre... C’est ce que nous visons. Si tu dois cogiter à la dépense, c’est que ce n’est pas la bonne formule pour nous, pas trente dollars par mois, c’est simple, accessible.
Seth Rosen
Je ne veux pas dire « pas cher » mais l’idée est d’apporter tellement de valeur que tu as l’impression de nous voler !
Ben Aston
Oui, tu peux nous dire combien vous avez d’abonnés ou de membres ?
Seth Rosen
Je crois qu’on affiche sur le site : treize mille environ, je crois… Cela dit, ce chiffre est un peu biaisé car à un moment, nous avions trois offres d’adhésion, dont 4000 ou 5000 étaient gratuites. Donc on doit avoir environ six mille membres actifs, cinq, six mille. La rétention est très élevée. Notre budget contenu augmente tous les ans, ce qui rend la concurrence encore plus compliquée pour nous dépasser, car personne d’autre n’est prêt à dépenser autant en création de contenu.
Ben Aston
Vous avez donc un business e-commerce avec custommade.com et aussi deux sites à abonnement. Ce que tu aimes ou détestes. Quand tu compares les deux modèles, qu’est-ce qui te plaît, qu’est-ce qui t’agace ? Tu as choisi d’aller sur une nouvelle entreprise d’adhésion, donc tu crois dans le modèle. Qu’aimes-tu ou non dans chaque formule ? Et comment vois-tu ces activités se compléter l’une l’autre ?
Seth Rosen
En fait, elles se complètent. Il s’agit de structures de propriété différentes. Avec ma femme, on possède les sites d’adhésion, on les as développés depuis qu'ils étaient microscopiques, par passion, tandis que CustomMade est une grosse entreprise bien plus scalable. L’avantage, c’est que l’un me donne des insights sur le potentiel marché de l’autre. CustomMade tire ainsi profit de mon expertise sur les gemmes, le marché, les sources, des infos que la concurrence peine à avoir car ce secteur est très opaque. Les deux modèles ne sont pas tant liés par synergie business qu’adéquation fondateur/activité. Quant au modèle, je ne suis pas attaché à l’abonnement ou à l’e-commerce en soi.
Ce qui compte, c’est l’appariement entre modèle et client, à mon avis.
C’est pour ça qu’IGS reste une adhésion, non pas parce que j’étais visionnaire sur ce modèle, mais parce que Don l’avait déjà ainsi conçu, même si c’était perfectible. Pour CustomMade, c’est un tout autre business : on fabrique tout sur-mesure, à la commande, ce qui en théorie n’est pas génial niveau business, mais on a trouvé des méthodes très efficaces. C’est une boîte à 8 chiffres qui vise les 9, tandis qu’IGS, six à sept chiffres nous satisfait. On met tout le budget dans le contenu plutôt que dans mon style de vie, ce n’est pas le but.
Ben Aston
Tu as mentionné quelques tactiques... C’est intéressant que tu mises à fond sur le contenu, ce qui a produit de la rétention : tu offres tellement de valeur qu’il serait insensé de résilier. Sur l’offre, qu’est-ce qui a fonctionné ou non au fil des ans ?
Seth Rosen
Les adhésions mensuelles, du moins pour mon site, n’ont jamais bien marché, même en facturant plus. Les abonnés mensuels sont très transactionnels, ils veulent juste une info, un article. Ça me va, on propose tout de même une formule mensuelle.
Mais niveau support, la part des mensuels est démesurée. Même constat pour le taux de churn, bien supérieur : moins d’engagement. Donc, parfois, j’ai songé à supprimer totalement la mensualité. Cela reste rentable, mais ce n’est plus le client que je veux. Aujourd’hui, on essaye de servir au mieux le segment d’amateurs : il faut accepter de perdre ceux qui ne feront qu’un passage. L’idée, c’est d’attirer les passionnés, prêts à investir 75 $ pour une année et voir si on leur apporte vraiment quelque chose. Si tu hésites pour 75 $, es-tu vraiment passionné ? Ce n’est pas si cher, quand même. Mon conseil à retenir : privilégier l’abonnement annuel, c’est la meilleure façon d'avoir un taux de rétention élevé. Donne un rabais : tu sécurises 12 mois pour convaincre l’abonné de la valeur ajoutée. Le facteur clé du churn, c’est la date du dernier login, l’engagement réel : lit-il les emails, consomme-t-il le contenu ? Si tu balances un buffet de contenus sans comprendre la non-réincription, tu passes à côté. J'ai beaucoup appris de ça.
Ben Aston
Comment fais-tu passer quelqu’un d’un besoin purement transactionnel à un vrai passionné ? Est-ce intentionnel, ou est-ce plutôt le client qui s’en charge lui-même ?
Seth Rosen
En fait, j’en suis arrivé à la conclusion qu’on ne peut pas vraiment le faire. Dans le cas de quelqu’un qui a hérité une bague saphir de sa grand-mère, il cherche la valeur, tombe sur notre page (nous sommes n°1 Google), il doit payer 9 $ pour accéder au tableau, il paie… et c’est tout. Pour moi, il n’y a pas de tunnel de conversion pour transformer ce segment en abonné fidèle. Ce n’est pas un défaut du site, c’est juste un segment que notre offre n’adresse pas. Il faut accepter qu’un site d’adhésion doit servir le segment sur lequel il a un vrai avantage concurrentiel et comprendre ses besoins. La non-conversion de ce profil ne signifie rien d’autre.
Ben Aston
Donc, pour transformer un amateur en membre actif engagé, que fais-tu concrètement ? Comment cultiver l’intérêt, la répétition des visites ?
Seth Rosen
C’est avant tout une question de ciblage. Nous faisons un travail de niche avec la stratégie de contenu : par exemple, l’article le plus complet au monde sur la stélarite. Peu de gens connaissent la stélarite, le volume de recherche est ridicule, mais les rares qui cherchent sont tous des passionnés. En investissant là où la concurrence ne va pas, on attire le bon public : ceux qui s’abonnent. Nous avons des mini-formations et des cursus de certification, tout inclus avec notre adhésion pro, sur lesquels nous investissons beaucoup. Nous engageons nos utilisateurs par cet enseignement, mais la première étape est d’attirer les passionnés. Notre cible est celle qui, passionnée, veut en faire plus sans devenir forcément un professionnel. Typiquement, une femme de 50 ans, les enfants à la fac, qui veut enfin approfondir sa passion des gemmes, aller chiner dans les brocantes, etc. C’est elle qu’on veut garder longtemps dans notre communauté d’adhérents.
Et ça marche vraiment.
Ben Aston
Et la composante « communauté » ? Peux-tu détailler ce que vous proposez en dehors des grands guides ? Comment incitez-vous à la connexion répétée et à la fidélisation ?
Sur gem society, l’aspect communauté peine à vraiment décoller. Il y a bien une dimension communautaire, mais ce n’est pas le pilier de notre business. Sur l’autre site membre, Ganoksin, la communauté est au cœur de l’activité. Là, nous essayons plutôt de passer du tout communauté à plus de contenu premium, alors qu’au contraire sur IGS, on aimerait développer cet aspect communautaire. Les communautés de niche sont compliquées car il y a ce biais : les débutants viennent surtout chercher l’information des plus expérimentés, alors que ces derniers n’interagissent vraiment qu’entre eux, même s’ils répondent aux débutants. Il existe ainsi un vrai problème « poule-œuf » pour la dynamique, c’est difficile à faire grandir. Chez nous, cela reste organique, il serait faux de dire qu’on est une référence sur ce point dans le domaine de la gemmologie. On y travaille, c’est un axe d’amélioration.
Ben Aston
Donc, avec gemsociety.org et ganoksin.com, quelle est LA métrique qui te sert à juger la santé des sites d’adhésion ? Dernière connexion, autre ?
Seth Rosen
Pour moi, c’est principalement la marge brute, car la marge nette n’est pas pertinente avec le niveau de ré-investissement dans le contenu. On regarde aussi le churn évidemment, la rétention, et le trafic. C’est la clé — nous avons 30 000 sessions par jour rien qu’avec le référencement organique. Notre stratégie SEO est extraordinairement simple, mais coûteuse. On n’utilise même plus Moz ou Ahrefs. Aujourd’hui, nous dominons toutes les requêtes importantes, à l’exception de celles où nous n’avons pas (encore) le contenu. Mais nous ne voulons pas publier d’articles médiocres à la chaîne. Chaque publi doit être la meilleure sur le sujet, très éditée. Peu de volume mais du top qualité, et on domine le référencement sur nos thématiques ciblées. Pour choisir les sujets, on regarde tout simplement ce qui se positionne dans Google, et on fait mieux encore — la meilleure réponse à la requête, toujours.
Ben Aston
Tu privilégies donc le contenu, et pas le netlinking ?
Seth Rosen
Je n’ai jamais fait de netlinking de ma vie, jamais demandé un lien. Peut-être une fois, il y a cinq ans, ai-je pensé à contacter quelques associations, mais aujourd’hui, je ne saurais même pas comment faire du link building. On référence ceux qui nous apportent de la vraie valeur, jamais à la demande ni en échange d’argent.— c’est gratuit si tu es pertinent, sinon non. C’est la règle chez nous, point final.
Ben Aston
Et donc tu mises tout sur la qualité, ce qui est le meilleur pari pour l’avenir, plutôt que des tactiques court-termistes pour manipuler Google.
Seth Rosen
Je ne pense pas qu’on puisse duper Google longtemps, leur business c’est la pertinence. Tu peux gruger deux ou trois ans, comme on l’a fait dans les débuts de CustomMade, où on générait des pages automatiquement… ça marche, jusqu’à ce que ça ne marche plus.
Ben Aston
Comment s’organise ton process pour produire le contenu ? Equipe interne ou non ? Comment choisis-tu les sujets, qui écrit, qui édite, etc. ?
Seth Rosen
C’est de la rédaction sous contrat, mais la personne qui dirige l’équipe travaille avec moi depuis 13 ou 14 ans. Les gens restent : ceux qui s’adaptent à mon management apprécient, pourtant c’est atypique. On débute avec un salaire équitable mais stable — si tu fournis du boulot de qualité, consciencieux, et que tu t’intéresses au sujet (car sinon tu vas mourir d’ennui !), alors c’est un job très stable et durable. Mon rédacteur en chef, par exemple, est un ancien prof d’anthropologie à la retraite au Texas. Nous avons eu longtemps une géologue de CalTech. Les meilleurs résultats viennent de chercheurs type géologues ou sciences de la Terre des grandes universités, plus que de simples gemmologues. Rien contre les diplômes de gemmologie, mais notre contenu est très scientifique, pointu, avec beaucoup de chimie.
Ben Aston
Et donc tu as un backlog des sujets à écrire, et tu distribues cela à l’équipe ?
Seth Rosen
Oui : d’abord un stock d’articles à réviser en continu (nouvelles mines, traitements, techniques…) et de nombreux nouveaux thèmes à explorer. Mon chef d’équipe pilote la coordination. Nous avons aussi diversifié sur les contenus type affiliation diamant, pensés pour aider les consommateurs, même s’ils ne deviendront pas membres. Notre autorité de domaine nous permet d’adresser ces publics. On structure ainsi des équipes selon les axes éditoriaux, et chaque année on réinvestit tout dans plus de contenu. Mon approche est toujours de réinvestir le profit dans le contenu plutôt que de me servir, ce qui fait que la base ne cesse de s’étendre.
Ben Aston
Côté outils, pour gérer ce process éditorial ? Trello, Google Sheets, autre ?
Seth Rosen
Techniquement, ce sont des sites WordPress hébergés sur Google Cloud. En gestion interne, on utilise Segmetrics (overlay SQL), Member Mouse pour la gestion des membres, Active Campaign pour les emails, et d’autres outils classiques. Notre trafic élevé rend difficile l’utilisation de plugins standards, car trop lourds. On code donc nos propres modules quand c’est nécessaire. Ganoksin fonctionne sur le même modèle, le contenu reste surtout statique (pour l’instant), mais côté recherche, on va implémenter Elastic Search. Le côté customer de CustomMade est beaucoup plus technique, développé en Python/Genko par mon associé, bac+Princeton, avec Oracle, etc.
Ben Aston
Aujourd’hui, produire du contenu, c’est ton principal investissement. Comment le budgétises-tu ? Au mot, à l’article, à l’heure ?
Seth Rosen
Je fais un travail affreux de budgétisation ! L’idéal serait de calculer combien rapporte chaque article sur X années, mais en pratique, je priorise soit les urgences, soit mes envies éditoriales. Pas rationnel, mais c’est comme ça.
Pour la rémunération, jamais au mot — toujours à l’heure, autour de 18–20 $/h, parfois plus. Pourvu que tu sois rigoureux, rapide, la cadence n’est pas imposée, je préfère bien fait que vite fait. Je connais bien ce que coûte un article à produire, je me base sur cette expérience. Ce qui compte, c’est la passion, la rigueur, l’engagement. J’ajoute au bout de l’année une prime, façon pseudo-intéressement, sur la perf’ brute. Cela peut être conséquent, et mes auteurs le savent.
Mon argumentaire pour recruter : chez nous, tu as stabilité, flexibilité, télétravail à vie, longévité. Les freelances restent des années. Ceux qui veulent du volume, à 2 centimes le mot, ce n’est pas le bon endroit.
Ben Aston
Je confirme, la rémunération à l’heure est préférable à la ligne, car sinon on paie pour du remplissage inutile. À l’heure, tu paies pour l’essentiel sans les redondances.
Seth Rosen
Exactement, le piège, c’est l’article gonflé car « il faut 2000 mots », alors qu’on en aurait eu assez de 500 ou 10 000 si besoin. Il faut que le contenu soit utile, ni trop long, ni trop court…
Ben Aston
Quels sont tes axes d'amélioration, ton roadmap actuel en tant qu’entreprise d’abonnement ?
Seth Rosen
La segmentation reste le défi principal : qui sommes-nous exactement faites pour servir ? Et, ensuite, quel modèle appliquer pour ces clients ? Les modèles parfaits n’existent pas, il faut faire matcher audiences et formules. Mes priorités : identifier les segments qui performent et miser dessus, ce qui est de plus en plus difficile. Nous, on a hérité d’une communauté (pas bâti from scratch !), c’est bien différent. On a davantage « massé » le produit pour l’adapter, il nous reste à trouver vraiment ce que veulent nos clients, surtout chez Ganoksin où la cible est plus large potentiellement, car il y a plus de gens prêts à fabriquer eux-mêmes des bijoux que de passionnés de gemmologie pure.
Ben Aston
Oui.
Seth Rosen
Alors quelles attentes, quelles réponses ? Voilà l’enjeu, et c’est passionnant.
Ben Aston
Oui, et la question du product-market fit est éternelle. On essaie par exemple d’extraire nos clients transactionnels en leur vendant le produit dont ils ont besoin plutôt que de les forcer dans une adhésion qui ne leur correspond pas. On leur propose donc de l’achat one-shot en dehors de l’adhésion, puis éventuellement, on pourra leur proposer l’abonnement. Mais il ne faut pas forcer les gens dans un modèle qui n’est pas pour eux, sinon c’est le churn assuré. D’où la nécessité de bien travailler sa segmentation — c’est la clé d’un modèle efficace.
Seth Rosen
Exactement ! Bien des sites sont « à abonnement » par simple habitude mais servent en fait des simples acheteurs. Un membre n’est pas simplement quelqu’un qui paie : il faut qu’il reste, qu’il revienne. Sinon, c’est juste un client one-shot, pas une récurrence. Il faut de l’intérêt, de la valeur continue, sinon, vends-lui juste ce qu’il veut et basta. Simple mais essentiel.
Ben Aston
Terminons par une série de questions : quel est le meilleur conseil qu’on t’a donné ?
Seth Rosen
On dit que la diversification réduit le risque. Moi, je crois que c’est la focus qui le réduit vraiment. Si tu te concentres sur une seule chose et que tu la fais bien, tu seras bien meilleur que si tu disperses pour « limiter les pertes ».
Ben Aston
Quelle habitude personnelle a le plus contribué à ta réussite ?
Seth Rosen
Ma réticence au labeur : j’adore déléguer, je prends de la hauteur, ce qui m’oblige à recruter des personnes meilleures et plus efficaces que moi dans leur domaine, qui aiment ce que je n’aime pas faire.
Ben Aston
Y a-t-il un site ou un outil que tu recommandes ?
Seth Rosen
Oui, un site d’adhésion vraiment exceptionnel à mes yeux, c’est Chess.com. Mon fils apprend les échecs, il progresse vite pour un enfant de 7 ans. Les outils proposés sont incroyables, le contenu premium sensationnel. La valeur offerte dépasse largement le prix de l’abonnement — rien que pour explorer leur offre, ça vaut la peine. Nous l’utilisons très régulièrement.
Ben Aston
Un livre à recommander récemment lu ?
Seth Rosen
Oui, mon ami Mike m’a incité à lire Traction, que tout le monde recommande. Bon livre, centré sur la méthode EOS. Je trouve que cela convient bien à ceux qui ont besoin d’une structure, d’un cadre, même si je ne le considère pas comme la panacée. Mais ça vaut la lecture.
Ben Aston
Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui démarre dans les médias digitaux, le contenu ou la création de communautés ?
Seth Rosen
Pour moi, ce sont les 4 « P » : la patience, la persévérance, la prudence… et j’ai ajouté récemment les personnes. Il faut du temps, plus qu’on ne croit, savoir s’accrocher même quand ça devient difficile. Être intelligent dans sa gestion des risques, analyser, rester prudent. Et surtout, bien s’entourer, échanger, réseauter, apprendre et transmettre son savoir avec d’autres, c’est fondamental.
Ben Aston
Super, Seth, où peut-on te suivre pour en savoir plus sur tout ce que tu fais ?
Seth Rosen
Je suis facile à contacter à [email protected], [email protected]. Pour découvrir nos sites membres, je vous invite à prendre un abonnement, sinon, envoyez-moi un mail et je vous offre un essai gratuit. J’aime aider ceux qui débutent, sans rien attendre en retour.
Et encore merci de m’avoir permis de me présenter ici.
Seth Rosen
Ça ne se voit pas tant que ça.
Ben Aston
Merci beaucoup Seth, ce fut un vrai plaisir de t’avoir avec nous.
Seth Rosen
Merci de votre accueil.
Ben Aston
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